Odes du Studio Maida Vale (parution automne 09)

Livre de poésie fictionnante à paraître aux éditions Le Quartanier dans la collection OVNI/INOUÏ.


 
Ecrivains en Séries (parution Avril 09)

"Bagarre à Bad Rock", à propos de la série TV L'agence tous risques, une contribution à Ecrivains en Séries, Collectif, éditions Léo Scheer, coll. Laureli.







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Myspace

"The Arty hum breakbeat project", par Samuel Trickster


Contributions diverses


L'opération vestimentaire, avec Delphine Binos (video)
Sabot (lecture, site du CipM)
Note sur une musique pensive atonale (Blogue Cie du Quartan)
Tweez ep (pdf pour les70.com)
Le chiffon à pensée (note de lecture, pour le site d'Eric Pesty Editeur)
Le problème Rickenbacker (un petit roman, revue myopies)
The secret noise of an ice cream (pièce sonore, revue myopies 1.1)
Recette et anacrouse (lettre extraite du livre Oxbow-p.,version allemande par Andreas Münzner, revue Nord-Sud Passage 11)


Textes traduits


Amanda Nadelberg, Karp
Eugene Ostashevsky, Cher hibou
Candace Walsh, valentino valentine
Nathan Parker, En mangeant de la neige
Angelo Monaco, Utilisation
Tina Celona, Cadavre pop
Sabrina Orah Mark, Parashas acharei mos
Orchid (traduit avec Arno Calleja), 5 chansons
Eugene Robinson, Dean Martin
Bob Hicok, En faisant une liste
Michael Rothenberg, 10 août 2002
Cedar Sigo, O fantasme
Andreas Münzner, Maisons de l'ange, Travailler



The pirate's book

Document en ligne, numérisé, rassemblant les chroniques publiées dans la revue CCP entre 2004 et 2009



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Si le désir de prose est désir de la plage sans rythme et sans rime, on n’a aucune raison de rêver le désir. Le bon désir est pousseur et le manque est inventif. Il risque un certain nombre de pelletées. En réalité « Prose » est le nom d’une exception au désir littéraire qui voudrait que tout aille facilement dans la grammaire. Sans coudes. Et « parle ». Oxbow est une plage de coudes. Ou bien, un ensemble d’objets philosophiques fabriqués à l’envers de la philosophie. Un ensemble poétique. Les mots sont responsables de leur abstraction comme ils le sont des coups de poing, des parpaings serrés, et des flèches. C’est dire ceci, autrement : que tu n’abstrais qu’à la mesure de ce que tu fabriques de concret dans la parole, ou dans l’essai, au double sens essayiste et préparatoire, qu’est une pensée parlée. (4e de couv.)

  Lire la présentation du livre par l'éditeur

 




REVUE DE PRESSE



Recueil de textes courts et moins courts, dont certains sont déjà parus en revue, Oxbow-p. (-plage, -prose, -poésie) est une dérivation critique du projet poétique de Samuel Rochery. Une transp(r)osition « didactique » du poème, quand « tout poème est sa propre didascalie ».
Oxbow-p. n’est pas une compilation de textes marginaux, mais un livre qui frappe par son organisation irrégulière et vivante, ses forces innées de conceptualisation saccadant l’image d’une pensée poétique rigoureuse et réglée. C’est « un ensemble d’objets philosophiques fabriqués à l’envers de la philosophie. Un ensemble poétique. » – « Une libre et sauvage création de concepts » dirait Gilles Deleuze.
Dans une écriture à la fois hachée et charpentée, variant avec une forme de simplicité apparente et déconcertante – « Je fais l’effort de m’adresser à vous comme à un enfant » – les modes mimétiques et les genres (lettres, notes, fragments d’essais), le livre de Samuel Rochery mêle des réflexions sur les arts du langage et sur la vie des signes (« la vie grammatique » et « le métier grammatique »), et construit coude à coude, un art poétique rythmé et senti – crawlé – de la « pensée parlée ». Ou comment la pensée vient à l’idiot du poème.
Tentative de formalisation « inconfortable » et inquiète, Oxbow-p. invente « en régime de partition » la singulière théorie a posteriori des poèmes qui ne lui préexistent pas – anacrouse d’un métalangage qui ferait « la preuve » de l’œuvre et qui n’existe pas.
« Préoccupés de vie matérielle et commune », les textes d’Oxbow-p. font apparaître des personnages conceptuels qui sont le devenir de la poésie et des mythologies du divers (rock, cinéma, jeux vidéo, littérature) auxquelles elle emprunte ses figures et ses types. Ces personnages « à côté de leurs pompes », en tension vers le Quelconque, ne sont pas des représentants de l’auteur mais des pseudonymes : des opérateurs qui interviennent dans la création même des idées et des affects, des connaissances et des sensations.


Samuel Lequette, CCP 17, mars 2009



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"Citations, rhétorique et fictionnalisation collaborent sur le même plan à l'élaboration d'une pensée du poétique dans le poème, du geste dans la langue. S. R. s'appuie constamment sur les lieux communs, les idées communes du livre, de l'écriture, de la langue, de la poésie, pour avancer des conceptions poétiques comme un philosophe pourrait rhétoriquement procéder. Les propose, non pas tant en opposition qu'en apposition : comme pour l'horizontalisation préalablement soulignée entre citations rhétorique et fictionnalisation, de même monde du dehors contemporain (qui n'est pas celui mysticisant d'un Blanchot mais bien le dehors de la poésie, là où la poésie n'a pas droit de cité, dehors de l'écrit, bordures limites de la relation, etc.) et pensée en mouvement cherchent constamment à s'appuyer l'un sur l'autre, se suivre : ne peuvent pas procéder autrement qu'à se singer (à la nuance près que Samuel Rochery rappelle, comme a pu le dire Dominique Fourcade, que le monde ressemble au poème, non l'inverse).


Guillaume Fayard, extrait de "Séjour à Oxbow-plage", en ligne sur myopies.


+ lire l'intégralité de l'article



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"Dans Oxbow-p, Samuel Rochery explicite une liaison entre la coupe (au sens mallarméen) et la plage (celle de l'album de rock) : « Si le désir de prose est désir de la plage sans rythme et sans rime, on n'a aucune raison de rêver le désir. » Et dans le chapitre « faire des gâteaux d'inquiétude », avec une confiance allégorique brutalement courageuse (une fois dit que le poème peut être dans la critique d'album, il faut violenter le courage pour pouvoir filer la métaphore autant), Samuel Rochery élabore une théorie du verre qui, bien sûr, est une poétique à ceci près qu'elle s'entend trinquer. Autant dire que le littéral n'en finira de rattraper les envolées fumeuses ou par trop abstraites, en lui assurant un quelque chose de rocailleux, pour ne pas dire encore rock'n'roll (au sens d'une posture sans référence formelle plus que dans son impossibilité constitutive à répondre de sa finition sans trahir, sans mettre sous verre). Ce qui nous renvoie effectivement à la grande affaire mallarméenne de la coupe : « Toute espèce de bouteille décrite est une composition de bris et de mesures, des écumes suggestives et des jambes glacées. Ce n'est pas gratuit non plus. » (Rochery68). Et c'est aussi dans l'exercice de cette coupe que le sonore est délié de la musique (Rochery82)."


(...)


"Avant de comparer les conséquences éditoriales et sociales de cette communauté d'indétermination formelle entre (un certain) rock et (une certaine) poésie, avant de questionner ce qui amènent quelques poètes d'aujourd'hui à se présenter comme des rockers, nous pouvons relever qu'au moment même d'en relater les enjeux dans une prose qui assume notamment sa teneur théorique, tant syntaxiquement que thématiquement, Samuel Rochery suit une écriture imagée quoique arrosée. Aussi, quand il écrit « Pas sûr que le prosaïque dans l'écriture plate respecte mieux le prosaïque contenu en friche dans le monde que le vers ne le respecte, ne lui est fidèle, dans son effort de concaténation, d'encodements, et de soubresauts dépliants aussi. » (Rochery82), c'est peut-être encore ce que Luciano Berio nomme «l'inclusivité du rock » et ce que ladite inclusivité suppose d'hétérogénéité des plans montés (et/ou de dimension épique du fait de l'emprunt)."



David Christoffel, in "Poésie rock, aller simple", article à paraître dans L'Esprit Créateur, revue du département français de l'Université du Minnesota, 2009.



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"Au XIVe siècle apparaît dans la langue anglo-saxonne le mot Oxbow : il nomme le bras mort d'un affluent, un méandre. Avec Oxbow-P Samuel Rochery (né en 1976, prix de la Vocation en 2002) nomme donc le méandre-poésie, son bras long et complexe, dont beaucoup chantent régulièrement la mort. Pas lui : on s'en rend compte dès les premières pages lorsque son poème en prose se met à penser à pleines dents, ou tout haut, son propre exercice, les raisons de sa perdurante existence, par ce constat désopilant : " Un homme vit sous le régime du buvard chaste et efficace autant qu'il n'a pas besoin de pester contre la vie réelle au motif que la vie grammatique est meilleure et sûrement moins méprisable.
" Cette première proposition compare le poète à une éponge : il s'imprègne d'une langue ou de plusieurs, il boit les paysages, les situations, les événements comme un buvard, il cherche une grammaire spéciale à cette interaction entre langue et monde. Puis il se débat dans une vie ordinaire, en apparence opposée à ce que Rochery appelle la " vie grammatique ". De fil en aiguille, que l'on suive la section " Coopérations " (toute faite d'intertextualité) ou la partie " Oxbow-P. " (où se cuisine le fait poétique), on traversera le temps des complaintes égarées de la poésie, de " L'âge héroïque " à " Modenature ", en passant par " Le cuisinier de la vie moderne ". Les titres, décalés, font se recouper plusieurs réalités éloignées, du bruit de " Sabot " entendu dans les villes du XIXe siècle à celui, mécanique, des automobiles modernes, de la " physique de la légèreté " à la " serrure et lecture d'un train du poème ".
Il y a dans Oxbow-P. une interrogation constante (avec une ironie à la Swift), de l'héritage des grandes traditions littéraires et philosophiques et ce que nous en faisons : Kafka, Cingria, Mandelstam, Dylan Thomas, Bartleby surgissent alors entre les lignes comme des conseillers et parlent une langue repassée dans le tamis de Rochery. L'auteur démultiplie ainsi les idées et les sensations en les faisant passer par une forme d'écriture à l'hermétisme toujours vif et interrogateur, parfois de second degré où la phrase devient joueuse (" il est question de cuisine gestique dans les deux cas - penser à un bureau, penser à une blanquette de veau, coopérer avec le chrono du moulinex "), même si elle n'échappe pas toujours à un certain savoir-faire.
De distinctions pensées en distinctions pensives, véritable moteur de l'avancée du poème en prose (baudelairien et rilkéen), Rochery va jusqu'à demander au temps de la production romanesque : " Sauf erreur, on ne voit pas à la fin du roman qui vient de paraître le calepin ou le journal du roman (...). A la fin du poème le journal du poème. Ni avant. Parce que le poème s'arrange déjà, peut-être, pour tirer le journal à soi dans son principe même de condensation. (...) La cuisine d'un poème est incluse dans le poème et elle est ouverte comme le poème ". La question est posée depuis l'idée du poème didactique, reprise au Romantisme allemand (dit de Iéna) qui l'envisageait déjà comme interrogations des genres, et leur dépassement. La poésie, si souvent isolée, vient ici, au contraire, réfléchir sur sa grande soeur romanesque, quitte à lui taper dans les côtes. Bien fait. Cette combinaison des données du monde (époque), couplée à celles des expériences sensibles (lectures, enfance, mélancolie, travail, solitude, etc.), Rochery les singularise par des recoupements sémantiques et rythmiques plein d'étrangeté, où s'ouvre une langue revigorante, de plus en plus reconnaissable. Et s'éloigne de l'influence des livres de Philippe Beck. On s'en réjouit."


Emmanuel Laugier, in Le Matricule des anges no 96, septembre 2008



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Le livre est le montage des personnages qui vont par tours, relances et appels, dans les vers. Le poème-apostille est fait pour le lecteur qui veut apprendre quelque chose en notant, sachant qu'il n'apprendra rien sans ses propres notes, si le livre lu et la conversation et les paysages - la vie tout court - ne le comblent pas. Le poème-apostille annote des intrépides modernes. Les vers découvrent leur scène commune, la boîte sonnante. Ils s'y accordent, font des accords qu'ils passent dans les mêmes tubes, avec le même instrument publique. Les intrépides sont les prénoms de poèmes que tout noteur contient : éponge, écouteur, puis mythologue extérieur dans le relais courant des coopérateurs - les personnages. Le livre est aussi un montage des connaissances, passées au tamis du discours : comme le coach, le tamis révèle un tube dans la personne, des possibles 45 tours promotionnels. Dans tous les cas, il est une traduction pour « morale rythmique par provision ». Un petit art de la recherche live. Les urgences de la parole s'exposent souvent dans le posé; dans une lenteur à virages pour se rappeler comment aller, comment on va. (4e de couv.)

+ Poème-annonce paru sur Blogue Cie du Quartan




REVUE DE PRESSE




« Régulation et la main régulière supposent / le public permanent dans la tête ; » En quelque sorte, une entreprise de travaux publics. D'autant plus périlleuse que ces travaux de langue, effectués au grand jour par Samuel Rochery, n'en recherchent pas moins une certaine pudeur. Résoudre « la question des alliages avec justesse ». Entre conduction parfaite et courts-circuits brutaux, un chœur de personnages orchestre une mise à plat de tous rapports et comportements. On dirait qu'une colle opaque (néoprène), dans un double mouvement, soude les mots entre eux afin que l'endroit de la séparation ne fût jamais perdu. Distinction des matières à marier : cuivre, ouate, bois, marbre, éponge, chevelure. Dont nous sommes faits. Et le vers se construit au plus direct des raccourcis qui allongent la pensée. « Comment aller » résume la quatrième de couverture écrite par l'auteur. « Sur l'eau dérangée » et « quels types de voiles ». Pourtant dans l'urgence de voguer Samuel Rochery n'écrit pas le mur « est jaune », mais : « est en jaune ». Ca ressemble au petit saccage que font les enfants au début avec les mots. Une sincérité déboîtée. Qui finit sur « la planche à penser » sous forme de question : « comment le rose no1 de Prose / on l'obtient, je ne sais pas. » Voilà qui dessine un bel horizon. »



Dorothée Volut, CCP no 15, 2008.

 

 

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"Le récent Tubes apostilles de Samuel Rochery, poursuit le travail critique engagé par le Quartanier alors que son titre indique incontinent que le discours essayistique traverse de part en part la poésie du recueil. Solidement construit, l'ouvrage soumet la versification aux proclamations des quatre personnages qui se partagent la parole des sections respectives qu'ils intitulent. Ces personnages ont ceci de particulier qu'ils ne sont pas dotés, comme le seraient des personnages romanesques, d'individualités propres. Tweez A, Gal, Glenn et Tweez B ne sont en définitive que des noms propres assignés à une fonction énonciative. À la scène 2 de l'acte II, Juliette posait la question de la valeur du nom propre en demandant à Roméo : « What's in a name ? That which we call a rose/By any other name would smell as sweet ». Or chez Rochery, les noms acquièrent leur sens dans la loi pragmatique des réseaux intertextuels convoqués. Il s'avère en effet que les quatre prénoms de Tubes apostilles relèvent plus spécifiquement de l'ordre discursif de la musique : Tweez et Glenn proviennent d'un album de Slint alors que Gal « réfère à une plage [...] d'Oxbow » (87), écrit le poète dans une « note sur l'origine des prénoms » insérée à la fin de son recueil. Je retiens deux choses de cet intertexte. D'abord : que la poésie contemporaine accepte de plus en plus largement les discours de la culture populaire, même ceux de la culture la moins légitime (Slint et The Oxbow sont des groupes underground de la tradition rock et indie). Elle absorbe les discours environnants qu'elle amalgame sans préjudice aux discours plus traditionnels ou autoritaires : Dostoïevski (celui des Démons), Pessoa et Joubert figurent par exemple dans les épigraphes de certains poèmes de Tubes apostilles, nous rappelant que la poésie, si elle veut survivre, doit rallier en son sein des discours diversifiés. Ensuite (mais cet « ensuite » poursuit le « d'abord » qui précède) : que la piste nominale ouverte dans ce recueil confirme la disparition élocutoire du poète si chère à la modernité. Fondamentalement textuel en ce qu'il renvoie à un ordre discursif artistique qui lui préexiste, le recueil de Rochery travaille le signe en tant que celui-ci reste la trace d'un labeur critique de la poésie sur la poésie. Refus du cratylisme tout autant que du lyrisme : en offrant une poésie qui se veut expérimentale au sens étymologique du terme, l'ouvrage propose de s'aventurer dans la nouveauté d'un discours déstabilisant où la poésie se met elle-même à l'épreuve pour défaire nos habitudes les mieux ancrées."


Luc Bonenfant, extrait de "La poésie omnivore", Erudit, v33, n1 (Revue de l'Université du Québec à Montréal), en 2007.




 

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Numéro unique paru en octobre 2006.
Revue éditée par Samuel Rochery & l'association Style Elvis  
Format 14,5 x 14,5 cm

Tiré à 200 exemplaires.
Collé. 72 p.
10 euros
ISBN 10 : 2-9527756-0-5

Commande directe / contact :   revuegeorges@excite.com



Au sommaire de georges :  Soncric, J'aime votre persévérance / georges, Introduction sur une composition / Lyn Hejinian, Si écrit c'est écrire / Frank O'Hara, Poèmes / Laura Moriarty, Six rondeaux / Rachel Defay-Liautard, bout de la nuit / David Christoffel, Transcriptions / Martin Richet, Trois pour Table / Claude Salomon, Parieurs dans le cercle / Guillaume Fayard, Walt Whitman (douce, soude) / Cécile Mainardi, Surface de l'héliport / Samuel Rochery, Recette et anacrouse
 



REVUE DE PRESSE


"S'il y avait quelque chose de commun aux participants de Georges, ce pourrait être cette déconstruction des minuscules prétextes biographiques pour inscrire des morceaux de langue qui frôlent le sens là où les liaisons bien qu'improbables sont assurées, et où l'évitement est une façon nécessaire d'éviter les ornières.

Revue dont l'écriture est montée sur des trous d'air, les trous de la langue, d'un intimisme totalement extérieur presque porté par le seul mouvement des mots.


Revue très agréable à munipuler, très graphique, ce doit être la couverture blanche avec ce petit dessin en son milieu, son format carré qui rappelle celui d'un CD, la souplesse de sa couverture qui accompagnent bien les textes exemplaires et magnifiques de Frank O'Hara, et ceux de Lyn Hejinian, Laura Moriarty, Rachel Defay-Liautard, David Christoffel, Martin Richet, Claude Salomon, Guillaume Fayard, Cécile Mainardi et Samuel Rochery.

Que nous dit l'éditorial sinon que Georges est difficile. "Il est le nom de l'art poétique qui consiste à ressembler à monsieur Tout le Monde plus que d'autres. Deux phrases peuvent servir de pseudonymes au quidam singulier, en prose ou en vers : « Toute théorie est à son plus inventif quand on l'impute à posteriori » (Hejinian) et : « dommage que le fait de faire la connaissa
nce de chacun pour une seconde à peine / Doive être remplacé par une connaissance imparfaite du tout sans relief / Comme une histoire du monde en livre de poche, si générale / Qu'elle constitue un sanglot ou un gémissement sans rapport / Avec une quelconque tentative de définition » (Ashbery). Le livre de Georges voudrait faire un moment la connaissance de chacun dans les singularités contemporaines en pratique."    


Josée Lapeyrère, CCP 14, 2007.



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"Un court texte où se perçoit très bien le temps d'arrêt qui doit (devrait) précéder tout geste d'écriture, temps de latence, aporétique et empirique. Ce temps se coule dans :
1. une limpidité désimplifiée (coupante ?)
2. une épaisseur lente et liquide dans la diction, confer le titre programmatique de ce tout petit opuscule qui ramène la salive des paroles au manger pour en faire des gâteaux inquiets, une cuisine lente où se dénoterait le souci réflexif de phrases essayistes expérimentales (qui essaient des sens possibles) mais aussi la violence faite aujourd'hui aux têtes. Une violence à laquelle répond une idiotie savante devant des objets ou des personnages, pour un effort contre la transparence. Il faut bien mâcher avant de parler, et la parole est aussi un geste dans l'affaire des verres dépolis de la perception (plus souhaitables que la moins drôle immédiateté). Où "l'homophonie du mot vers et du mot verre est toujours l'occasion de penser une relation de scotch et de discontinuité de l'objet à son parleur qui voit comme il peut voir, c'est--à-dire avec son geste moral provisoire (...)". Provisionnalité sous forme de compilations langagières pour un juke-box futur possible, le poème "plus-que-fenêtres" s'inquiète aussi bien de la fête, d'une fête possible comme enthousiasme à construire après l'euphorie des enfances passées.
C'est tout l'intérêt de ce texte qu'on puisse en dire : la naïveté n'est pas son fort - et y sentir à quel point il n'y aura jamais eu, dans une vie, ni solutions de continuité ni naïveté première : "L'aise n'est pas la propre exclusif des heures pré-langagières. " 

Alexandre Lemaire, CCP 14, 2007.

 

 

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"La reduplication est guili-guili et surtout volontaire. Samuel Rochery qui travaille le vers comme s’il était la véritable note en bas de page, le construit avec coupe, brio et intelligence à l’ombre de si grands ancêtres qu’on en serait intimidé ; mais lui-même chu de la Prose en toute connaissance de cause redouble, complète, éclaire, tiraille : « Il éprouve seulement l’équipement de la nature à agrandir, les outils pour former Gâchis. ». Un grand beau livre qui rassasie « aux signes-signes et aux cartes » d’un jeune auteur (né en 1976) qui par ailleurs anime l’excellent site internet, Les cahiers de benjy, d’une même ligne philo-sympathique (celle du premier romantisme allemand et de sa réception poétique vingtiémiste en France). On y lit notamment des textes de Rachel Defay- Liautard, Guillaume Fayard, Virginie Lalucq, Martin Richet. Rochery encore : « Aucune émotion nouvelle ne sort d'une pierre / toute seule à toutes les époques. » "

Jérôme Mauche, in Le Marché des Lettres no 6, juin 2006



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« Ecrire de la poésie n’est pas une activité naïve, il ne s’agit jamais d’user du langage comme d’un véhicule, ni de communiquer quoi que ce soit. Comme le condense Emmanuel Hocquard, « la poésie ne parle pas du monde. Monde est un mot qui s’affiche pour le faire. » (L’invention du verre, 2003). D’où vient que les textes de Samuel Rochery, dans leur fermeture même, ouvrent à son maximum la possibilité de lire, de composer des lectures comme il dit. Précisément du fait qu’ils sont composés, bâtis, et qu’ils incluent leur propre critique. C’est dans ce sens, je crois, qu’il faut entendre la « baguette morale » évoquée dans le prologue. Comme l’écrit aussi, d’une autre manière, Philippe Beck (à qui l’on pense parfois en lisant les reduplications), et à propos de lecture justement, « le choix de tournures spéciales, d’une inflexion / est une affaire de mœurs, de moralité » (Poésies didactiques). Il n’existe pas d’Avant Livre."

Eric Houser, CCP no 13, juin 2007

 

 


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Extrait :



Tackler, enjamber (recompostion du poème final)

 

Je ne dis pas que le chant se brise,
il y a plutôt un rapport têtu aux points
de suspension, à la crispation de l’Extravagant
dans l’hémistiche : « Un éclair... puis la nuit ! ».
Une passante est une certaine vitesse troublante, et un caracolement coupé
de l’émotion chez le noteur pas omniscient. Elle tient
charnellement par réitération à l’infini de son apparition
sous divers noms, jupes, pantalons, visages. Et dans le poème non-carné,
fait de mots morts ? Elle tient à l’impossibilité nécessaire
du prosaïque, à l’atermoiement de la possession en prose.
On peut décider qu’il y a une leçon dans les suspensions essoufflées
autant qu’il y a une exhortation à produire de ligne en ligne
la forme de la contradictoire et obligée « jambe de statue », la fille
liquidée par le poème. Or, à quoi ressemble une mort des filles dans le poème ?
Il faut bien que la mort bouge pour que le poème se lise, définisse
sa lisibilité à lui, qui n’est pas une décalcomanie des apparitions
réelles : si une passante n’existe pas au titre de la femme, d’une femme
incarnée en femme, mais d’une vitesse nappée. Une passante est aussi
le nom de la ligne essoufflée tacklée (coupée au milieu du souffle,
de la syllabe) derrière la ligne reconduite deux fois
plus bas enjambée,
le poème est de la marche de jambes mortes.

 

 

 

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Ceci est un livre de poésie qu'on pourra dire "pensante" au premier coup d'oeil. Et en un sens peut-être péjoratif, si on veut que la poésie aille d'abord droit au coeur des gens. Dans "Verrière", il n'est pas question de faire que coïncident la pensée et la poésie. Mais chacun des poèmes qu'on peut y lire est de la pensée comme poème. Qu'est-ce que ça veut dire ? Si une sorte de réflexion ne se distingue pas ici de la poésie, comment savoir où est la poésie qui va droit au coeur. Est-ce qu'il faut que le poème soit, comme on dit, "facile d'accès" ? Quelle est la condition à remplir pour que le poème soit d'un accès immédiatement sensible ? Ce sont des questions. Il faut être capable de produire le discours du coeur, un discours du coeur pensant. Et un tel discours doit trouver le lecteur disposé à admettre qu'il peut aussi bouger son coeur à lui à la rencontre de ce qu'il lit, se déplacer pour écouter. Les poèmes de Verrière essaient de restituer une façon de tâtonner, d'hésiter, qui est la façon même dont un mécanicien réparerait des mots, des phrases, dans le même temps que le coeur parle. Une telle chose fait un son sensé. (SP publié sur le site de Radio France )


 

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"Samuel Rochery est né à Angers en 1976. Verrière du mécano transportable est son premier livre, et vient de recevoir le prix de la Vocation. L'auteur a fait des études d'esthétique et de philosophie à Nantes; ce qui pourrait pousser à en faire un disciple de Philippe Beck. Ce petit livre bleu d'art poétique serait plutôt un hommage à Marcel Duchamp, qui choisit la matière brute de poèmes de Gertrude Stein pour créer certains de ses ready-made. Du Grand Verre à la Verrière du mécano transportable, il n'y a quelques pièces détachées de mots en plus. Et la volonté de donner à la parole, cette légèreté, "espèce de petite neige", à la poésie son poids d'images et d'émotions. Et surtout, ne "pas proposer au lecteur une liste de noms de choses nostalgisants". Laissons ça aux gisants satisfaits, et lisons : "Je ne lis pas un poème pour écouter le silence ou la mer. Pour cela j'ai mon silence... Mais je lis un poème pour voir ce que je n'ai pas vu, ce qui m'a échappé..."

Katrine Dupérou, in Le Matricule des Anges no 043, mars-mai 2003 )





























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