20 x 14 cm, 96 pages.
15,95 $ / 12 euros.
ISBN :
978-2-923400-27-3

Lire le poème-annonce paru sur Blogue Cie du Quartan


REVUE DE PRESSE



« Régulation et la main régulière supposent / le public permanent dans la tête ; » En quelque sorte, une entreprise de travaux publics. D'autant plus périlleuse que ces travaux de langue, effectués au grand jour par Samuel Rochery, n'en recherchent pas moins une certaine pudeur. Résoudre « la question des alliages avec justesse ». Entre conduction parfaite et courts-circuits brutaux, un chœur de personnages orchestre une mise à plat de tous rapports et comportements. On dirait qu'une colle opaque (néoprène), dans un double mouvement, soude les mots entre eux afin que l'endroit de la séparation ne fût jamais perdu. Distinction des matières à marier : cuivre, ouate, bois, marbre, éponge, chevelure. Dont nous sommes faits. Et le vers se construit au plus direct des raccourcis qui allongent la pensée. « Comment aller » résume la quatrième de couverture écrite par l'auteur. « Sur l'eau dérangée » et « quels types de voiles ». Pourtant dans l'urgence de voguer Samuel Rochery n'écrit pas le mur « est jaune », mais : « est en jaune ». Ca ressemble au petit saccage que font les enfants au début avec les mots. Une sincérité déboîtée. Qui finit sur « la planche à penser » sous forme de question : « comment le rose no1 de Prose / on l'obtient, je ne sais pas. » Voilà qui dessine un bel horizon. »



Dorothée Volut, CCP no 15, 2008.

 

 

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"Le récent Tubes apostilles de Samuel Rochery, poursuit le travail critique engagé par le Quartanier alors que son titre indique incontinent que le discours essayistique traverse de part en part la poésie du recueil. Solidement construit, l'ouvrage soumet la versification aux proclamations des quatre personnages qui se partagent la parole des sections respectives qu'ils intitulent. Ces personnages ont ceci de particulier qu'ils ne sont pas dotés, comme le seraient des personnages romanesques, d'individualités propres. Tweez A, Gal, Glenn et Tweez B ne sont en définitive que des noms propres assignés à une fonction énonciative. À la scène 2 de l'acte II, Juliette posait la question de la valeur du nom propre en demandant à Roméo : « What's in a name ? That which we call a rose/By any other name would smell as sweet ». Or chez Rochery, les noms acquièrent leur sens dans la loi pragmatique des réseaux intertextuels convoqués. Il s'avère en effet que les quatre prénoms de Tubes apostilles relèvent plus spécifiquement de l'ordre discursif de la musique : Tweez et Glenn proviennent d'un album de Slint alors que Gal « réfère à une plage [...] d'Oxbow » (87), écrit le poète dans une « note sur l'origine des prénoms » insérée à la fin de son recueil. Je retiens deux choses de cet intertexte. D'abord : que la poésie contemporaine accepte de plus en plus largement les discours de la culture populaire, même ceux de la culture la moins légitime (Slint et The Oxbow sont des groupes underground de la tradition rock et indie). Elle absorbe les discours environnants qu'elle amalgame sans préjudice aux discours plus traditionnels ou autoritaires : Dostoïevski (celui des Démons), Pessoa et Joubert figurent par exemple dans les épigraphes de certains poèmes de Tubes apostilles, nous rappelant que la poésie, si elle veut survivre, doit rallier en son sein des discours diversifiés. Ensuite (mais cet « ensuite » poursuit le « d'abord » qui précède) : que la piste nominale ouverte dans ce recueil confirme la disparition élocutoire du poète si chère à la modernité. Fondamentalement textuel en ce qu'il renvoie à un ordre discursif artistique qui lui préexiste, le recueil de Rochery travaille le signe en tant que celui-ci reste la trace d'un labeur critique de la poésie sur la poésie. Refus du cratylisme tout autant que du lyrisme : en offrant une poésie qui se veut expérimentale au sens étymologique du terme, l'ouvrage propose de s'aventurer dans la nouveauté d'un discours déstabilisant où la poésie se met elle-même à l'épreuve pour défaire nos habitudes les mieux ancrées."


Luc Bonenfant, extrait de "La poésie omnivore", Erudit, v33, n1 (Revue de l'Université du Québec à Montréal), en 2007.




 

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