22 x 14 cm, 156 pages.
15,50 euros.
ISBN : 978-2-9524961-6-2


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REVUE DE PRESSE



Recueil de textes courts et moins courts, dont certains sont déjà parus en revue, Oxbow-p. (-plage, -prose, -poésie) est une dérivation critique du projet poétique de Samuel Rochery. Une transp(r)osition « didactique » du poème, quand « tout poème est sa propre didascalie ».
Oxbow-p. n’est pas une compilation de textes marginaux, mais un livre qui frappe par son organisation irrégulière et vivante, ses forces innées de conceptualisation saccadant l’image d’une pensée poétique rigoureuse et réglée. C’est « un ensemble d’objets philosophiques fabriqués à l’envers de la philosophie. Un ensemble poétique. » – « Une libre et sauvage création de concepts » dirait Gilles Deleuze.
Dans une écriture à la fois hachée et charpentée, variant avec une forme de simplicité apparente et déconcertante – « Je fais l’effort de m’adresser à vous comme à un enfant » – les modes mimétiques et les genres (lettres, notes, fragments d’essais), le livre de Samuel Rochery mêle des réflexions sur les arts du langage et sur la vie des signes (« la vie grammatique » et « le métier grammatique »), et construit coude à coude, un art poétique rythmé et senti – crawlé – de la « pensée parlée ». Ou comment la pensée vient à l’idiot du poème.
Tentative de formalisation « inconfortable » et inquiète, Oxbow-p. invente « en régime de partition » la singulière théorie a posteriori des poèmes qui ne lui préexistent pas – anacrouse d’un métalangage qui ferait « la preuve » de l’œuvre et qui n’existe pas.
« Préoccupés de vie matérielle et commune », les textes d’Oxbow-p. font apparaître des personnages conceptuels qui sont le devenir de la poésie et des mythologies du divers (rock, cinéma, jeux vidéo, littérature) auxquelles elle emprunte ses figures et ses types. Ces personnages « à côté de leurs pompes », en tension vers le Quelconque, ne sont pas des représentants de l’auteur mais des pseudonymes : des opérateurs qui interviennent dans la création même des idées et des affects, des connaissances et des sensations.


Samuel Lequette, CCP 17, mars 2009



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"Citations, rhétorique et fictionnalisation collaborent sur le même plan à l'élaboration d'une pensée du poétique dans le poème, du geste dans la langue. S. R. s'appuie constamment sur les lieux communs, les idées communes du livre, de l'écriture, de la langue, de la poésie, pour avancer des conceptions poétiques comme un philosophe pourrait rhétoriquement procéder. Les propose, non pas tant en opposition qu'en apposition : comme pour l'horizontalisation préalablement soulignée entre citations rhétorique et fictionnalisation, de même monde du dehors contemporain (qui n'est pas celui mysticisant d'un Blanchot mais bien le dehors de la poésie, là où la poésie n'a pas droit de cité, dehors de l'écrit, bordures limites de la relation, etc.) et pensée en mouvement cherchent constamment à s'appuyer l'un sur l'autre, se suivre : ne peuvent pas procéder autrement qu'à se singer (à la nuance près que Samuel Rochery rappelle, comme a pu le dire Dominique Fourcade, que le monde ressemble au poème, non l'inverse).


Guillaume Fayard, extrait de "Séjour à Oxbow-plage", en ligne sur myopies.


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"Dans Oxbow-p, Samuel Rochery explicite une liaison entre la coupe (au sens mallarméen) et la plage (celle de l'album de rock) : « Si le désir de prose est désir de la plage sans rythme et sans rime, on n'a aucune raison de rêver le désir. » Et dans le chapitre « faire des gâteaux d'inquiétude », avec une confiance allégorique brutalement courageuse (une fois dit que le poème peut être dans la critique d'album, il faut violenter le courage pour pouvoir filer la métaphore autant), Samuel Rochery élabore une théorie du verre qui, bien sûr, est une poétique à ceci près qu'elle s'entend trinquer. Autant dire que le littéral n'en finira de rattraper les envolées fumeuses ou par trop abstraites, en lui assurant un quelque chose de rocailleux, pour ne pas dire encore rock'n'roll (au sens d'une posture sans référence formelle plus que dans son impossibilité constitutive à répondre de sa finition sans trahir, sans mettre sous verre). Ce qui nous renvoie effectivement à la grande affaire mallarméenne de la coupe : « Toute espèce de bouteille décrite est une composition de bris et de mesures, des écumes suggestives et des jambes glacées. Ce n'est pas gratuit non plus. » (Rochery68). Et c'est aussi dans l'exercice de cette coupe que le sonore est délié de la musique (Rochery82)."


(...)


"Avant de comparer les conséquences éditoriales et sociales de cette communauté d'indétermination formelle entre (un certain) rock et (une certaine) poésie, avant de questionner ce qui amènent quelques poètes d'aujourd'hui à se présenter comme des rockers, nous pouvons relever qu'au moment même d'en relater les enjeux dans une prose qui assume notamment sa teneur théorique, tant syntaxiquement que thématiquement, Samuel Rochery suit une écriture imagée quoique arrosée. Aussi, quand il écrit « Pas sûr que le prosaïque dans l'écriture plate respecte mieux le prosaïque contenu en friche dans le monde que le vers ne le respecte, ne lui est fidèle, dans son effort de concaténation, d'encodements, et de soubresauts dépliants aussi. » (Rochery82), c'est peut-être encore ce que Luciano Berio nomme «l'inclusivité du rock » et ce que ladite inclusivité suppose d'hétérogénéité des plans montés (et/ou de dimension épique du fait de l'emprunt)."



David Christoffel, in "Poésie rock, aller simple", L'Esprit Créateur, revue du département français de l'Université du Minnesota, volume 49, no 2, été 2009.



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"Au XIVe siècle apparaît dans la langue anglo-saxonne le mot Oxbow : il nomme le bras mort d'un affluent, un méandre. Avec Oxbow-P Samuel Rochery (né en 1976, prix de la Vocation en 2002) nomme donc le méandre-poésie, son bras long et complexe, dont beaucoup chantent régulièrement la mort. Pas lui : on s'en rend compte dès les premières pages lorsque son poème en prose se met à penser à pleines dents, ou tout haut, son propre exercice, les raisons de sa perdurante existence, par ce constat désopilant : " Un homme vit sous le régime du buvard chaste et efficace autant qu'il n'a pas besoin de pester contre la vie réelle au motif que la vie grammatique est meilleure et sûrement moins méprisable.
" Cette première proposition compare le poète à une éponge : il s'imprègne d'une langue ou de plusieurs, il boit les paysages, les situations, les événements comme un buvard, il cherche une grammaire spéciale à cette interaction entre langue et monde. Puis il se débat dans une vie ordinaire, en apparence opposée à ce que Rochery appelle la " vie grammatique ". De fil en aiguille, que l'on suive la section " Coopérations " (toute faite d'intertextualité) ou la partie " Oxbow-P. " (où se cuisine le fait poétique), on traversera le temps des complaintes égarées de la poésie, de " L'âge héroïque " à " Modenature ", en passant par " Le cuisinier de la vie moderne ". Les titres, décalés, font se recouper plusieurs réalités éloignées, du bruit de " Sabot " entendu dans les villes du XIXe siècle à celui, mécanique, des automobiles modernes, de la " physique de la légèreté " à la " serrure et lecture d'un train du poème ".
Il y a dans Oxbow-P. une interrogation constante (avec une ironie à la Swift), de l'héritage des grandes traditions littéraires et philosophiques et ce que nous en faisons : Kafka, Cingria, Mandelstam, Dylan Thomas, Bartleby surgissent alors entre les lignes comme des conseillers et parlent une langue repassée dans le tamis de Rochery. L'auteur démultiplie ainsi les idées et les sensations en les faisant passer par une forme d'écriture à l'hermétisme toujours vif et interrogateur, parfois de second degré où la phrase devient joueuse (" il est question de cuisine gestique dans les deux cas - penser à un bureau, penser à une blanquette de veau, coopérer avec le chrono du moulinex "), même si elle n'échappe pas toujours à un certain savoir-faire.
De distinctions pensées en distinctions pensives, véritable moteur de l'avancée du poème en prose (baudelairien et rilkéen), Rochery va jusqu'à demander au temps de la production romanesque : " Sauf erreur, on ne voit pas à la fin du roman qui vient de paraître le calepin ou le journal du roman (...). A la fin du poème le journal du poème. Ni avant. Parce que le poème s'arrange déjà, peut-être, pour tirer le journal à soi dans son principe même de condensation. (...) La cuisine d'un poème est incluse dans le poème et elle est ouverte comme le poème ". La question est posée depuis l'idée du poème didactique, reprise au Romantisme allemand (dit de Iéna) qui l'envisageait déjà comme interrogations des genres, et leur dépassement. La poésie, si souvent isolée, vient ici, au contraire, réfléchir sur sa grande soeur romanesque, quitte à lui taper dans les côtes. Bien fait. Cette combinaison des données du monde (époque), couplée à celles des expériences sensibles (lectures, enfance, mélancolie, travail, solitude, etc.), Rochery les singularise par des recoupements sémantiques et rythmiques plein d'étrangeté, où s'ouvre une langue revigorante, de plus en plus reconnaissable. Et s'éloigne de l'influence des livres de Philippe Beck. On s'en réjouit."


Emmanuel Laugier, in Le Matricule des anges no 96, septembre 2008



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