Recueil de textes courts et moins courts, dont certains sont déjà parus en revue, Oxbow-p. (-plage, -prose,
-poésie) est une dérivation critique du projet poétique de Samuel Rochery. Une transp(r)osition « didactique » du poème, quand « tout poème est sa propre
didascalie ».
Oxbow-p. n’est pas une compilation de textes marginaux, mais un livre qui frappe par son organisation irrégulière et vivante, ses forces innées de conceptualisation saccadant l’image
d’une pensée poétique rigoureuse et réglée. C’est « un ensemble d’objets philosophiques fabriqués à l’envers de la philosophie. Un ensemble poétique. » – « Une libre et sauvage
création de concepts » dirait Gilles Deleuze.
Dans une écriture à la fois hachée et charpentée, variant avec une forme de simplicité apparente et déconcertante – « Je fais l’effort de m’adresser à vous comme à un enfant » – les
modes mimétiques et les genres (lettres, notes, fragments d’essais), le livre de Samuel Rochery mêle des réflexions sur les arts du langage et sur la vie des signes (« la vie
grammatique » et « le métier grammatique »), et construit coude à coude, un art poétique rythmé et senti – crawlé – de la « pensée parlée ». Ou
comment la pensée vient à l’idiot du poème.
Tentative de formalisation « inconfortable » et inquiète, Oxbow-p. invente « en régime de partition » la singulière théorie a posteriori des poèmes qui ne
lui préexistent pas – anacrouse d’un métalangage qui ferait « la preuve » de l’œuvre et qui n’existe pas.
« Préoccupés de vie matérielle et commune », les textes d’Oxbow-p. font apparaître des personnages conceptuels qui sont le devenir de la poésie et des
mythologies du divers (rock, cinéma, jeux vidéo, littérature) auxquelles elle emprunte ses figures et ses types. Ces personnages « à côté de leurs pompes », en tension vers le
Quelconque, ne sont pas des représentants de l’auteur mais des pseudonymes : des opérateurs qui interviennent dans la création même des idées et des affects, des connaissances et
des sensations.
Samuel Lequette, CCP 17, mars 2009
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"Citations, rhétorique et fictionnalisation collaborent sur le même plan à l'élaboration d'une pensée du poétique
dans le poème, du geste dans la langue. S. R. s'appuie constamment sur les lieux communs, les idées communes du livre, de l'écriture, de la langue, de la poésie, pour avancer des conceptions
poétiques comme un philosophe pourrait rhétoriquement procéder. Les propose, non pas tant en opposition qu'en apposition : comme pour
l'horizontalisation préalablement soulignée entre citations rhétorique et fictionnalisation, de même monde du dehors contemporain (qui n'est pas celui mysticisant d'un Blanchot mais bien
le dehors de la poésie, là où la poésie n'a pas droit de cité, dehors de l'écrit, bordures limites de la relation, etc.) et pensée en mouvement cherchent constamment à s'appuyer l'un sur
l'autre, se suivre : ne peuvent pas procéder autrement qu'à se singer (à la nuance près que Samuel Rochery rappelle, comme a pu le dire Dominique Fourcade, que le monde ressemble au poème,
non l'inverse).
Guillaume Fayard, extrait de "Séjour à Oxbow-plage", en ligne sur myopies.
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"Dans Oxbow-p, Samuel Rochery explicite une liaison entre la coupe (au sens mallarméen) et la plage (celle de l'album de rock) : « Si le désir de prose est désir de la plage sans rythme et sans rime, on n'a aucune raison de rêver le désir. » Et dans le chapitre « faire des gâteaux d'inquiétude », avec une confiance allégorique brutalement courageuse (une fois dit que le poème peut être dans la critique d'album, il faut violenter le courage pour pouvoir filer la métaphore autant), Samuel Rochery élabore une théorie du verre qui, bien sûr, est une poétique à ceci près qu'elle s'entend trinquer. Autant dire que le littéral n'en finira de rattraper les envolées fumeuses ou par trop abstraites, en lui assurant un quelque chose de rocailleux, pour ne pas dire encore rock'n'roll (au sens d'une posture sans référence formelle plus que dans son impossibilité constitutive à répondre de sa finition sans trahir, sans mettre sous verre). Ce qui nous renvoie effectivement à la grande affaire mallarméenne de la coupe : « Toute espèce de bouteille décrite est une composition de bris et de mesures, des écumes suggestives et des jambes glacées. Ce n'est pas gratuit non plus. » (Rochery68). Et c'est aussi dans l'exercice de cette coupe que le sonore est délié de la musique (Rochery82)."
(...)
"Avant de comparer les conséquences éditoriales et sociales de cette communauté d'indétermination formelle entre (un certain) rock et (une certaine) poésie, avant de questionner ce qui amènent quelques poètes d'aujourd'hui à se présenter comme des rockers, nous pouvons relever qu'au moment même d'en relater les enjeux dans une prose qui assume notamment sa teneur théorique, tant syntaxiquement que thématiquement, Samuel Rochery suit une écriture imagée quoique arrosée. Aussi, quand il écrit « Pas sûr que le prosaïque dans l'écriture plate respecte mieux le prosaïque contenu en friche dans le monde que le vers ne le respecte, ne lui est fidèle, dans son effort de concaténation, d'encodements, et de soubresauts dépliants aussi. » (Rochery82), c'est peut-être encore ce que Luciano Berio nomme «l'inclusivité du rock » et ce que ladite inclusivité suppose d'hétérogénéité des plans montés (et/ou de dimension épique du fait de l'emprunt)."
David Christoffel, in "Poésie rock, aller simple", L'Esprit Créateur, revue du département français de l'Université du Minnesota, volume 49, no
2, été 2009.